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CCC : récit et photos de Cédric Masip

Publié le 06 septembre 2012 par cedricmasip

CCC 2012 : Ma première grosse désillusion, mon premier abandon: Le vendredi 31 août 2012 départ 10h de la CCC à Courmayeur en Italie

A bientôt pour la CCC 2013 sur u-trail

D’abord, je pense qu’il est important de reprendre le récit des éléments précédents les jours avant la course. Ce Trail je m’y prépare depuis le début de l’année, c’était LA course que je voulais juste finir initialement.
Pour cela j’ai fait une préparation progressive, en apprenant de trail en trail (Eco-trail de Paris 30kms, Transju’trail, Cross du Mont-Blanc, Altispeed, 6000D). Il n’était pas prévu et dans mes objectifs de faire des places au scratch. Je me suis fait prendre au jeu à chaque course, et j’ai voulu progresser… Peut-être et sûrement trop vite quand je réalise à froid ce qui s’est passé sur cette CCC 2012.

Pour me préparer au mieux, j’ai passé presque deux mois de vacances dans les Alpes. J’y ai aussi fait beaucoup de cyclisme pour favoriser la récupération, et surtout la régénération de mes fibres musculaires: faire beaucoup de kms en Trail demande une régénération des fibres et de tout ce qui est tendineux et ligamentaire. Toujours est-il je pensais être prêt, j’étais confiant dans ma préparation… Mais peut-être justement j’ai voulu trop bien me préparer, mais au final c’est dans ce point que je dois revoir des détails. Et surtout, même si j’ai fait des places sur des courses, à chaque fois je ne me mettais pas dans le rouge, j’étais sur une totale réserve, mon but était vraiment d’apprendre le Trail: alimentation, ravitaillements, tenue, comment s’habiller, gérer les intempéries…

Deux semaines avant la CCC, le jeudi 16 août j’ai fait une sortie avec mon pote Matthieu (qui a terminé 31ème sur cette CCC) de 36kms et plus de 2000M de D+, on avait envoyé. Je l’accompagnais avant le Refuge où il passerait la nuit, et moi je faisais le retour en sens inverse pour rentrer. Le lendemain nous avions convenu de nous retrouver au Lac de La Plagne, le vendredi 17 donc. Et c’est sur cette sortie, que dans l’ascension du Mont-Pourri dans le Parc de la Vanoise, j’ai ressenti pour la première fois ma douleur à la hanche. Nous avons beaucoup ralenti. Cette sortie fera 40kms et plus de 2500M de D+. Je pense que ce sont ces deux jours qui ont été de trop. J’ai eu beaucoup de mal à récupérer, j’ai coupé deux jours pour que la douleur à la hanche passe, ce qui a été le cas, mais effectivement avec le recul, je me rends compte que j’étais fatigué. Je ne repose pas la faute sur les entraînements, mais sur MOI. Je le savais en même temps, mais c’était plus fort que moi, j’aimais et prenais du plaisir à courir dans la Montagne. Dur de se freiner, dur de se priver, dur de se frustrer… C’est là où il va falloir que je réfléchisse.

Toujours est-il la douleur était passée, et je n’y pensais plus.

J’ai donc quitté Montchavin les Coches le lundi 27 août, et j’ai pris un train de nuit pour regagner Paris, pour seulement une journée, et reprendre un autre train le mercredi 29 pour Chamonix (résa de billets déjà faite depuis un moment, donc pas possible d’échanger, sinon je serai allé à Chamonix directement). J’ai passé une nuit horrible pendant les 9h de train de nuit du lundi au mardi, tordu sur mon siège inclinable, et la clim froide du train me détruisant la gorge: grippé tout le mardi. Je suis reparti le mercredi amoindri, fatigué…mais je tenais à la nervosité, à la joie de cet événement, de retrouver les potes, de vivre enfin cette CCC tant attendue.

Je ne ressentais pas la fatigue comme une fatigue pesante. J’étais heureux. Aujourd’hui ce récit de CCC où j’ai abandonné, est surtout une analyse.

Le lendemain, retrait des dossards sous la pluie, ma veste Salomon n’est pas Gore Tex, elle manque de ne pas passer au retrait du dossard: ce qui avec le recul n’aurait pas été un mal. Là aussi un détail où je n’ai pas assuré.

Il fait froid, il pleut, les conditions météos sont exécrables, on sait que nos copains de la TDS en bavent sous cette pluie persistante.

La journée passe: balade sur le village des exposants, puis retrouvailles de Greg de U-Trail, sur la mini CCC, et rencontre de Sébastien Nain. Je suis heureux d’être là. Puis la conférence de presse avec Greg pour U-Trail, là aussi un moment inoubliable: rencontre de Fernanda Maciel, discussion avec Anna Frost, puis avec Julien Chorier… Puis nous partons pour le restaurant où nous retrouverons Anne Valero.

Greg assistera Anne Valero pendant sa course, avec Eric, qui est avec nous au restaurant. Là ce sont les deux belles rencontres de ce week-end: Anne et Eric. Un super moment au resto. Tous les trois m’ont prévenu des conditions météo et je commençais à réaliser que j’étais perdu sur le « comment m’équiper de façon adaptée ». Ces points abordés au resto le soir avant la course, nous les reprendrons avec Greg, Eric et Anne le lendemain au resto. Je vais aussi les reprendre avec Anne dans le futur et dans l’approche de mes objectifs futurs. En gros une avant course chargée en émotions en tous genres… Je n’oublierai pas non plus cet « ami » qui m’a passé un soufflon la veille de la course, parce que je n’étais pas encore rentré à l’appartement (veille de course, je suis rentré à 22h30)… Ca m’avait beaucoup contrarié. Et le lendemain j’étais tendu, je ne referai plus de trail avec lui, du moins pas avant quelques temps.

Voilà, c’est le matin du départ, nous filons vers la Navette à Chamonix, qui nous mènera à Courmayeur. Elle est remplie. Certains visages sont tendus, d’autres moins. Les sujets de discussion sont tous tournés autour de la météo, de la préparation, des courses de chacun… Moi je suis dans ma bulle, je n’ai pas envie de parler… Je suis encore bloqué sur les propos de cet « ami ». Je ne me sens pas très bien, je fais mine que ça va, mais je suis tendu, extrêmement tendu.

Arrivés Courmayeur, les potes essaient de détendre l’atmosphère, elle se détend… On rit, on monte près du départ, et on attendra jusqu’au départ. Entre temps on se fait contrôler les sacs, je retrouve Anne, lui fais une bise, et lui souhaite bon courage. Puis il est l’heure de gagner la ligne. Là nous nous retrouvons presque devant, les favoris arrivent au fur et à mesure, je revois des têtes connues, on se salue. Je retrouve Marc avec qui j’ai échangé sur Facebook, un coureur très sympa. On se souhaite bon courage. Puis vient le décompte, une atmosphère particulière, que je ne peux vous écrire, elle était si particulière pour moi. Je la décrirai de la sorte: beaucoup de tension.

Le départ est donné dans les langues italiennes et françaises: 3, 2, 1…

…Dès les premiers mètres, le double porte gourdes me gêne, je ne l’avais pas essayé avant la course (grosse erreur, chose que je ne fais jamais, donc ne jamais changer les habitudes, je le savais pourtant, mais je l’ai fait).
Puis le temps est clément sur ce départ. Très vite, beaucoup de coureurs se dévêtissent, il fait lourd, on transpire trop vite. Je retire aussi mon imperméable qui n’est pas gore tex. Puis on avance. Sur le début, je ne suis pas trop mal, je monte bien, mais je me sens nerveux…

Nous avançons, je retrouve Maud Gobert avec qui j’ai couru la 6000D. Elle me demande si ça va. Je lui réponds que « bof ». Et finalement c’était plus que bof… Je me décide à la suivre, je suis dans un rythme qui me convient. Plus on monte vers Grand Col Ferret plus les conditions se gâtent. Avant nous avions eu la montée puis la descente boueuse vers Arnuva, mais j’avais bien négocié l’affaire. Je suivais Maud, le rythme m’allait. Puis la neige et le froid font leur apparition vers le début du Grand Col Ferret… Et là ça se dégrade de plus en plus… La neige fouette le visage, il y a un vent plutôt fort, le froid est glacial… Je remets ma veste… Elle n’était pas imperméable, pas du tout, et surtout ne coupait pas froid. Je monte, je ne dis plus rien, je commence à devoir m’accrocher derrière ceux avec qui je suis: dont Maud. A la moitié de l’ascension, une vive douleur apparaît dans la hanche. Elle passe, elle revient. Je commence à focaliser dessus, ça ne devient pas bon. Je commence à repenser aux deux entraînements dont je parlais précédemment, à ce vendredi où j’ai ressenti la même douleur dans le Mont-Pourri. Je commence à lâcher dans la tête à 150m de la fin du Grand Col Ferret. Le pote qui m’a contrarié la veille, et qui finira dans les 50 premiers, me passe et me dit: allez Cédric, plus que 150M…et je lui réponds: J’ai froid, j’ai mal à ma hanche droite…je suis dégoûté…

Arrivé au sommet, un vent ENORME, une visibilité réduite… Des conditions chaotiques. Et c’est dans la descente que j’ai lâché totalement, la douleur se faisait ressentir, j’étais mal habillé, ma veste n’était pas celle qu’il fallait, il fallait bien une Gore Tex. Le modèle coupe vent de Salomon, la bleue, n’était pas adaptée, même avec des couches en dessous… Parce que les couches en dessous étaient mouillées, et que mon « imperméable » ne coupait rien, il était lui même trempé…

Mes jambes étaient violettes, j’avais froid, je me disais: P… c’est le froid qui a réveillé ma douleur à la hanche. Anne Valero me passe dans la descente, elle me voit à l’arrêt, me demande si ça va: et je lui réponds que non. A ce moment là, je vis un cauchemar. Je suis triste. Je ne pense qu’à une chose: regagner La Fouly et abandonner… Pourtant je ne pouvais pas abandonner, ce n’était pas possible, je ne le voulais pas… J’étais dans la confrontation directe avec mon échec. Il fallait se battre: pour FINIR. Arrivé à La Fouly, je suis gelé, je retrouve Greg et Eric, qui ont assisté quelques minutes plus tôt. Ils me disent que rien n’est fini, que je suis encore dedans. Je leur dis que j’ai un peu mal à la hanche, la douleur à l’arrêt n’est plus là, elle a même disparu, je ne la sens plus craquer, et je ne ressens plus cette pointe. Ils arrivent à me remobiliser, me remotiver, me donnent de la soupe chaude, on revoit TOUT mon équipement. Je laisse cette ceinture double qui me gêne, je repars juste avec le sac. Eric me prête des vêtements secs. Je n’oublierai jamais Eric et Greg à ce ravito: Merci les poulets, je suis ému quand je vous dis merci. J’allais très mal à ce ravito. C’est le moment le plus sombre depuis que je cours des trails (depuis décembre 2011 pour rappel).

Je suis reparti à La Fouly. Bien reparti même. Une portion adaptée pour moi. Mais dans la montée vers Champex, le Sentier aux Champignons (ça je m’en rappelle, parce que j’ai eu le temps de voir tous les panneaux), la douleur à la hanche est réapparue, plus violente que jamais. Une douleur intense qui remontait dans le côté du dos. Je ne pouvais même plus courir dans les descentes. A partir de là, j’ai dû m’y résoudre.

P… c’est dur. P… c’est dur.

J’ai abandonné bon sang. J’ai lâché prise, pour la première fois de ma vie, « je lâchais prise »: est-ce cela que j’étais venu chercher ce 31 août 2012?

Je ne pouvais plus continuer, sinon je ne marchais plus pendant des mois après, et le sport c’était peut-être fini. J’ai dû accepter l’évidence.

Sur le coup c’est une terrible désillusion. Ca l’est encore. Mais je n’ai plus ce goût amer dans la bouche.

J’avance à nouveau, je n’ai toujours pas recouru depuis vendredi. Ma douleur à la hanche a totalement passé. J’irai voir un spécialiste si elle revient. Je repars trottiner demain, j’ai hâte, ça commence à me manquer. Et surtout j’analyse les choses de la façon suivante à présent: je me suis trop entraîné, pourtant je m’y connais en plans d’entraînement. J’ai fait deux sorties de trop en août, dont celle où j’ai eu la douleur qui est apparue. Je n’ai pas géré mon matériel comme il fallait. Et il faut arriver reposé sur un tel événement, pas surentraîné. Pourtant je le sais, mais j’ai été têtu. J’ai pris une grosse claque, j’en retirerai plein de choses, je dois aller de l’avant.

Pour ma part, voilà ce que représente la CCC: Il y aura les Trails avant le 31 août 2012, et ceux après. J’ai appris, et n’aborderai plus ces derniers de la même façon, quelque chose a changé. A présent, je me tourne vers l’avenir (Les Templiers fin octobre), et je sais que je serai encadré et suivi par Anne Valero, dont j’écouterai les conseils experts. Ainsi que ceux de mes deux copains: Greg et Eric, que je remercie encore. Bises les poulets.

Voilà, ce n’est pas un récit très loquasse. Mais c’est ce qui s’est passé pour moi, et certains s’y retrouveront peut-être…

Have Fun.

Cédric
Team U-Trail



2 Commentaires pour cet article

  1. Greg Says:

    Salut
    Tu les as cumulé sur la CCC !!! Pas de chance…
    Je te trouve très lucide dans ton analyse, tu ne te cherches pas d’excuse et c’est très bien !!!
    Si je peux me permettre, soigne cette hanche avant les Templiers. J’y ai retrouvé l’an dernier le 150ème de l’UTMB collé au 60ème… Il n’avait plus de jus…
    Si tu penses en avoir trop fait et que ta hanche n’est pas guérie ca pourrait être un cauchemard….
    Bon courage en tous cas…
    Sportivement
    Greg (241ème sur la CCC 2012)

  2. Greg ( Team U-trail ) Says:

    Voila un récit lucide et plein de bon sens. Quand on débute et que l’on est ultra motivé, on fait des erreurs. C’est dans ces erreurs la que l’on se construit. Cette course va te servir de point d’appui pour progresser intelligemment. Je rejoins le commentaire ci-dessus, soigne ta hanche avant une autre échéance, sinon tu risque d’en baver sévère et de le regretter amèrement.
    Notre corps, c’est un formidable « équipement » ultra perfectionné, mais qui demande de l’attention. Ne pas écouter son corps mène fatalement à l’échec, tôt, ou tard.

    Prends ton temps, le temps de connaitre la discipline, le temps de connaitre ton corps face à ce genre de course.

    A plus sang de navet !! :-)

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